Le contexte dans lequel se pratiquent les sciences de la Terre au Canada évolue rapidement. Les problèmes environnementaux, économiques et sociaux dans le monde, les préoccupations croissantes des populations (on trouvera dans Lubchenco, 1998, une perspective internationale) et l'évolution fulgurante des technologies de l'information présentent des défis qui réorientent complètement les priorités de la recherche. Par ailleurs, l'effort en vue de réglementer la profession «géoscientifique» au Canada semble devoir entraîner un réaménagement de la formation supérieure dans les disciplines des sciences de la Terre. On a aussi constaté récemment dans nos universités, principaux centres d'enseignement supérieur des sciences de la Terre, des changements notables qui découlent aussi bien de l'évolution de la situation financière que de l'évolution de la perception publique en ce qui concerne le mandat des universités. Ces tendances qui s'exercent sur les sciences de la Terre au Canada ont créé des occasions remarquables de réorienter la recherche et l'enseignement en fonction des problèmes contemporains (voir par exemple Eyles, 1997), mais elles pourraient susciter des conflits et de la confusion (voir p. ex. Howard, 1997). Les chefs de file des sciences de la Terre au Canada ont besoin de conseils clairs et cohérents au sujet des mesures qu'il convient de prendre pour assurer le dynamisme et l'efficacité de leurs disciplines à l'avenir.

Le Conseil Géoscientifique Canadien a commandé le présent rapport afin d'obtenir des conseils à cet égard. Le rapport doit en particulier permettre de définir les diverses pressions qu'exercent sur la réforme des programmes universitaires les besoins des sciences de la Terre et de la reconnaissance professionnelle, et de prendre des mesures en conséquence... (lettre de commission, D.A. St-Onge, président, CGC, 3 mars 1997).

En règle générale, il semble nécessaire d'explorer les principales conséquences de l'adoption de systèmes de reconnaissance professionnelle pour la recherche et la pratique des sciences de la Terre à l'avenir, afin que les effets de la professionnalisation sur l'éducation puissent être bien compris.

Le présent rapport a pour précurseurs un rapport intitulé L'avenir des géosciences au Canada, orientations et défis (Barnes, en coll., 1995), qui a été présenté au Conseil Géoscientifique Canadien, et les mesures prises par la plupart des provinces depuis 1990 pour instaurer un régime de permis d'exercer (on trouvera dans Williams, 1997, un rapport sur la situation de la profession).

L'avenir des géosciences présente les sciences de la Terre comme la «science du système terrestre», une étude de la Terre comme système intégré et dynamique, caractérisé par les échanges de matière et d'énergie entre le centre et la couche supérieure de l'atmosphère, échanges qui créent à la surface de la planète les conditions nécessaires à l'apparition et au maintien de la vie. Cette vision met nettement l'accent sur la possibilité que la vie, en particulier la vie humaine, modifie ces conditions. Nous sommes sur le point de voir cette possibilité se concrétiser. Par conséquent, les spécialistes des sciences de la Terre doivent maintenant élargir et diversifier leur enseignement et leurs activités. Les sciences de la Terre reconnaissent aujourd'hui l'importance de nombreuses spécialités scientifiques autrefois marginales au sein de la discipline. Cette évolution présente au moins l'apparence d'un conflit naissant avec les exigences des permis d'exercer, notamment les exigences relatives à la formation universitaire, fixées par les organes d'agrément et qui sont, évidemment, beaucoup plus axées sur la vérification des compétences nécessaires à l'exercice quotidien des géosciences appliquées, interprétées de façon beaucoup plus traditionnelle.

Sous-jacentes à ce conflit éventuel, cependant, on retrouve les préoccupations croissantes de la population à l'égard des problèmes économiques, sociaux et environnementaux d'un monde de plus en plus surpeuplé - et le succès grandissant des groupes qui cherchent à attirer l'attention sur ces problèmes. Dans les années qui viennent, la recherche et la pratique ne pourront éviter de tourner leur attention sur un ensemble de problèmes qui s'inscrivent tous dans le paradigme de la science du système terrestre, de l'échelle moléculaire à l'échelle planétaire, et qui sont tous liés les uns aux autres. La recherche, la pratique et l'éducation exploreront de grands thèmes communs. Le présent rapport examine cet aspect et les fils communs, pour tenter d'engager un dialogue constructif au sujet du problème de ce qui «constitue un curriculum adapté dans le domaine des sciences de la Terre au Canada aujourd'hui».

La section suivante précise le contexte et examine certains thèmes de L'avenir des géosciences, certains des courants dominants de la professionnalisation des sciences de la Terre au Canada et certains aspects de l'organisation des sciences de la Terre dans les universités canadiennes. Les intervenants sont ensuite identifiés : il s'agit des organisations professionnelles, des sociétés savantes qui représentent les disciplines de la recherche et de la technique dans le domaine des sciences de la Terre, les universités, les étudiants et la population (y compris le monde des affaires). Un ensemble connexe de problèmes peut être défini dans le secteur de l'enseignement et de la formation, découlant de la situation actuelle dans les organisations professionnelles, les milieux de la recherche et les universités. Des éléments de solution sont proposés, et nous accordons une attention particulière aux philosophies sous-jacentes aux curriculums universitaires et à la discipline professionnelle. Des rôles clés sont définis pour le Conseil Géoscientifique Canadien, les sociétés savantes et les organisations professionnelles, afin de trouver une solution viable pour les sciences de la Terre au Canada. En conclusion, nous expliquons la raison d'être des avis suggérés.


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